Ma promesse de ne plus écrire ne peut
tenir dans ces circonstances...
Il faut que j’arrive à tout évacuer, comme on me l’a conseillé, que j’arrive à tout extraire de moi-même, la surprise, la peine, la colère, tout… et plus je tente d’atteindre ce qui me nargue à l’intérieur pour l’extirper loin d’ici, plus tout s’enfouit plus profondément encore. Je voudrais pouvoir m’exprimer réellement, là, sur le papier, corps et âme comme je le fais souvent, c’est juste entre lui et moi, quelques mots qui nous séparent par lesquels tout nous relie et un rien nous écarte. Je pourrais bien écrire ainsi, sans retenue, réussir à tout déverser, et me soulager, enfin, comme écrire m’aide constamment à faire face à tous les petits problèmes de la vie, mais là, je ne sais pas pourquoi, je recherche un public à tout prix. Je veux absolument tout répéter à tout le monde, étaler mon désarroi, expliquer les moindres détails, rechercher les bons mots, réfléchir, encore, de ce fait me retenir, encore.
Je m’empêche de ne parler qu’à mon seul ordinateur, de laisser ma tristesse temporaire entre lui et moi, pour ne pas avoir à réellement affronter cette vague de soucis qui s’approche, j’ai pris ma respiration depuis un bon moment, et je l’attends, sans oser plonger la tête la première sous le rouleau humide, ni même tenter d’accéder au rivage, je reste là, stupéfaite, à plaquer mes petites métaphores sur du papier virtuel me disant que chacun pourra l’apprécier, le déprécier comme il l’entend. Je refuse de me retrouver seule avec moi-même, d’écouter une seule de mes pensées, d’essayer de dormir, le pire instant, celui auquel je n’échapperai pourtant pas, celui par lequel il faut passer et qui nous oblige à nous écouter, et à se laisser submerger enfin par le vacarme de ces multiples opinions qui me lacèrent de l’intérieur. Je préfère lorsque je suis tranquille, que je me lâche, sans aucun témoin, que je pleure sans retenue, et déverse des mots partout sans même m’en rendre compte, qu’ils s’enchainent et expriment exactement mes sentiments, développent totalement mes réflexions, comme des images de mes émotions directement retranscrites par écrit, sans aucun passage par mon cerveau, mais seulement mes doigts qui courent sur le clavier, sans commandement d’aucune sorte à l’origine de ce marathon.
J’en ai marre des vieux états d’âmes mielleux que je plaque sur mon blog, il faut que j’arrive à oublier que j’ai un public, parce que pour l’instant, il n’y a personne d’autre que cet écran et moi.
La vérité, c’est que je suis triste. Et mon sentiment est encore plus étrange, c’est que ce qui me fait craquer au final, ce qui arrive à faire exploser ma bulle de protection, c’est vous. Je me suis crue en train de couler bêtement face à une petite vaguelette, parce que je l’ai surestimée, je ne sais pas pourquoi, mais toi, tu m’as fait prendre conscience que j’avais pied en fait, puis après, toi, tu m’as fait comprendre que je pouvais m’accrocher à toi telle une bouée, et toi là, oui toi, tu m’as carrément appris à nager… Vous tous, vous êtes tellement présents que j’arrive même plus à écrire tellement mon téléphone vibre près de moi et la couleur orange de msn clignote tout en bas de l’écran, je me sens assaillie, ce n’est pas agaçant puisque ça me permet de respirer, même sous l’eau, je peux faire de la plongée sous-marine maintenant, j’ai l’impression qu’on m’a collée des branchies, qu’au lieu de m’aspirer par son courant dévastateur, la petite vague m’a insufflée la force d’aller explorer les fonds sous-marins, et ce mal qui s’est empressé de m’engloutir, s’avère être un bien dans le mesure où vous me permettez d’en tirer profit.
Plus que de tenter de vainement battre des pieds en direction de la vague d’eau imminente, de me mettre en colère, de taper dans tous les sens, sachant très bien que mes mains vont rebondir dans un clapotement affreux et tout éclabousser autour de moi, vous m’avez finalement permis de me détourner de cela et d’allez tout simplement me baigner ailleurs. Mieux encore, s’il faut éviter de prendre la fuite, à défaut, je sais qu’il y en aura aussi pour m’apprendre à surfer sur la vague, et la faire plier sous ma planche, sans problème la nature se chargera du reste, je sais que le vent brisera l’écume et que l’eau s’écrasera contre les rochers, car la terre saura toujours dominer l’eau et la stopper, et je saurai me réfugier là-bas, regardant la tempête faire rage et s’auto détruire, pour, au petit matin n’être plus qu’un joli souvenir, images d’une eau en colère dans la nuit, beau paysage certes, mais mort prématurée, les tempêtes suivantes seront peut-être plus belles, plus intenses, selon moi probablement moins, mais elles seront dans tous les cas différentes, puisque, en tous cas, moi, je ne serai plus là pour les regarder. Plus jamais.
On est éjectée, parce que l’on fait peur, d’une façon ou d’une autre, c’est la jalousie qui parle et vous renverse, c’est flatteur mais destructeur. En tous les cas, c’est peut-être difficile d’être jaloux, encore plus d’être jalousé parfois, le fait est que si l’on croit me saisir, me piéger, m’avoir eu dans sa petite cage, ça n’est pas le cas, avant de me faire mal et de me prendre pour sa proie, je savais déjà à quelle sauce j’allais être mangée, j’ai simplement le privilège de jouer l'oisillon surpris et affolé, mais sache que si tu passes par là, tu ne m’as pas eu dans tes tenailles, jamais tu ne pourras me faire croire ce que tu espères, et tu auras beau te démener pour me convaincre que je suis le chasseur et toi le petit lapin blanc que l’on veut manger ce soir au dîner, je sais que dans le fond, ce matin, un lapin a tué un chasseur…
Que le lapin aille vite dans son nouveau terrier, parce que les chiens de chasse vont être lâchés et connaissent très bien leur proie, elle n’a pas changée du tout bien au contraire, elle a juste honte de ce qu’elle est, et veut se débarrasser de son passé insatisfaisant pour s’administrer un nouveau statut digne des mangas les plus mignonnets. Abandonne donc ton territoire, sache que sur les autres terres inconnues, tu ne seras jamais chez toi, et que lorsque tu voudras retourner dans ta chaumière d’origine, la porte sera fermée.
Il est temps de finir, sachant que de l’abstrait,
j’en arrive presque au concret…
C’est juste un petit texte bizarre et curieusement incompréhensible de plus pour certains d’entre vous, mais je vous remercie si vous avez eu le courage de le lire jusqu’ici, et pour d’autres, c’est plus évocateur, alors dans ce cas, je vous remercie davantage encore, car, si vous comprenez, c’est que je vous ai parlé ce soir, que vous, vous m’avez parlé ce soir, et qu’ainsi donc vous m’avez aidé à votre manière. Merci.
Because its not enough
We were growing up
We had given up
And I won't hear what you say so
Save your sympathy
Who'd you think you're fooling
Everything is dead
Now you welcome me
To a town called hypocrisy
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